Arthrose du genou : est-ce une maladie professionnelle ?

Arthrose du genou : est-ce une maladie professionnelle ?

L’arthrose du genou n’est pas automatiquement reconnue comme maladie professionnelle. Elle n’apparaît pas, en tant que telle, dans un tableau du régime général. Une reconnaissance reste toutefois possible si ton dossier établit un lien direct avec ton travail. Autre cas à distinguer : une lésion chronique du ménisque associée à une atteinte du cartilage peut relever du tableau 79 si ses critères sont remplis.

Cette nuance change tout. Avoir mal au genou après des années de manutention, de travail accroupi ou de montées d’échelle ne suffit pas, à lui seul, à obtenir une reconnaissance. Il faut identifier précisément la pathologie diagnostiquée, documenter les contraintes du poste et suivre la bonne procédure.

Arthrose du genou et maladie professionnelle : ce que disent les tableaux

La gonarthrose est une usure du cartilage du genou. Elle peut avoir plusieurs facteurs : âge, antécédent de traumatisme, morphologie, surcharge pondérale ou sollicitations physiques répétées. Le simple fait que les douleurs apparaissent pendant une activité professionnelle ne prouve donc pas leur origine professionnelle.

Deux tableaux du régime général concernent néanmoins certaines affections du genou :

  • Le tableau 57 couvre notamment des hygromas, certaines tendinopathies et des atteintes liées à des gestes ou postures déterminés. Il ne désigne pas l’arthrose du genou.
  • Le tableau 79 vise les lésions chroniques du ménisque à caractère dégénératif, isolées ou associées à des lésions du cartilage articulaire. Elles doivent être confirmées par IRM, éventuellement par arthroscanner, ou au cours d’une intervention chirurgicale.

Pour le tableau 79, le délai de prise en charge indiqué est de deux ans. Les travaux visés comportent habituellement des efforts ou des ports de charges réalisés en position agenouillée ou accroupie. Le régime agricole possède un tableau équivalent, le tableau 53.

En pratique, le diagnostic exact compte davantage que le mot « arthrose » employé dans la vie courante. Ton compte rendu d’imagerie peut, par exemple, décrire à la fois une gonarthrose et une lésion méniscale dégénérative. C’est au médecin de préciser la pathologie, puis à la caisse d’examiner les conditions de reconnaissance.

Une reconnaissance hors tableau reste possible

Une maladie absente des tableaux peut être reconnue d’origine professionnelle, mais la voie est plus exigeante. Il faut démontrer qu’elle est essentiellement et directement causée par ton travail habituel. Elle doit aussi avoir entraîné le décès ou une incapacité permanente d’au moins 25 %.

Le dossier est alors soumis au comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles, le CRRMP. Ce comité étudie le lien entre la maladie et l’exposition professionnelle. Il ne se contente pas de l’intitulé du métier : il regarde les tâches réellement effectuées, leur fréquence, les postures, les charges, la durée d’exposition et les éléments médicaux.

Ne confonds pas ce seuil de 25 % avec un taux que tu pourrais estimer toi-même à partir de ta douleur. Le taux d’incapacité permanente est évalué médicalement en tenant compte des séquelles et de leurs conséquences fonctionnelles. Une gêne importante au quotidien ne permet pas de prévoir automatiquement le taux qui sera retenu.

Quels éléments peuvent renforcer le lien avec le travail ?

Un dossier solide raconte ton exposition de façon factuelle. « J’ai beaucoup sollicité mes genoux » reste trop vague. Décris plutôt une journée réelle : temps passé accroupi, travail à genoux, fréquence des escaliers ou échelles, poids des charges, distance parcourue, absence d’aide mécanique et nombre d’années au poste.

Réunis, selon ta situation :

  • les comptes rendus d’IRM, radiographies et consultations spécialisées ;
  • le certificat médical initial mentionnant la pathologie et la date de première constatation médicale ;
  • tes fiches de poste, contrats, attestations d’employeurs ou de collègues ;
  • les échanges concernant un aménagement de poste ou des restrictions médicales ;
  • une chronologie courte de tes emplois, tâches et symptômes.

Si ton parcours comprend plusieurs employeurs, détaille chaque période. Une carrière de carreleur, couvreur, mécanicien, manutentionnaire ou agent d’entretien peut comporter des contraintes très différentes d’une entreprise à l’autre. Ce sont les gestes réels qui comptent, pas seulement le nom du métier.

Comment déclarer la maladie à la CPAM ou à la MSA ?

1. Faire établir le certificat médical initial

Consulte ton médecin traitant avec tes examens et une description précise de ton poste. Il pose le diagnostic et, s’il soupçonne une origine professionnelle, établit le certificat médical initial. Le médecin du travail peut aussi t’aider à caractériser les contraintes du poste, sans remplacer la décision de la caisse.

2. Envoyer une déclaration complète

La démarche passe par le formulaire de déclaration de maladie professionnelle, accompagné notamment des volets du certificat médical initial et des examens complémentaires prescrits. Service-Public indique que la déclaration doit être faite dans les 15 jours suivant le début de l’arrêt de travail. Envoie le dossier à la CPAM, ou à la MSA si tu dépends du régime agricole, et garde une copie de chaque pièce.

Cette procédure ressemble, dans son organisation, à celle d’autres troubles liés au travail. Tu peux consulter notre point pratique sur les critères d’une maladie professionnelle pour le canal carpien, tout en gardant en tête que le tableau et les preuves médicales ne sont pas les mêmes.

3. Répondre au questionnaire sans rester général

La caisse peut interroger le salarié et l’employeur sur les circonstances d’exposition. Reprends des faits mesurables et cohérents avec tes pièces. Évite d’exagérer : une contradiction sur les horaires, les charges ou l’ancienneté peut fragiliser l’ensemble du dossier.

Pour un dossier complet, la CPAM ou la MSA dispose en principe de 120 jours pour se prononcer. Une saisine du CRRMP peut intervenir lorsque la maladie n’est pas inscrite dans un tableau ou lorsque certaines conditions du tableau ne sont pas remplies. Lis attentivement chaque courrier, car il précise les demandes de pièces et les voies de recours.

Reconnaissance, poste de travail et inaptitude : trois sujets distincts

La reconnaissance de la maladie, l’aptitude à ton poste et l’indemnisation ne sont pas une seule décision. Tu peux avoir besoin d’un aménagement avant même la fin de l’instruction : limiter le travail agenouillé, réduire le port de charges, alterner les tâches ou organiser une reprise progressive lorsque le médecin l’estime adaptée.

Demande une visite au médecin du travail si ton poste aggrave les douleurs ou devient difficile à tenir. Il peut proposer des adaptations ou des restrictions. Si le maintien au poste devient impossible, notre article sur le rôle de la MDPH en cas d’inaptitude au travail permet de distinguer les interlocuteurs et les démarches.

Enfin, ne repousse pas les soins en attendant la décision administrative. Une douleur persistante, un genou qui se bloque, se dérobe ou gonfle mérite un avis médical. Pour la partie professionnelle, avance dans cet ordre : obtenir un diagnostic précis, reconstituer l’exposition réelle, conserver les preuves puis déposer un dossier cohérent. C’est bien plus solide qu’une demande fondée uniquement sur l’ancienneté ou l’intensité de la douleur.

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