La fortune du roi du Maroc ne peut pas être chiffrée précisément avec des données publiques récentes. Le repère le plus solide reste l’estimation de Forbes à 5,7 milliards de dollars en novembre 2015. En mai 2025, Challenges évoquait encore une richesse supérieure à 5 milliards de dollars. Ces montants donnent un ordre de grandeur, pas un relevé exact du patrimoine actuel de Mohammed VI.
Combien vaut la fortune du roi du Maroc ?
La réponse courte tient donc en une fourchette prudente : plusieurs milliards de dollars. Affirmer que Mohammed VI possède exactement 5,7, 7 ou 8,8 milliards aujourd’hui serait trompeur. Les estimations disponibles n’ont ni la même date ni la même méthode de calcul.
La donnée la mieux documentée vient de la fiche de Mohammed VI publiée par Forbes. Le magazine évaluait sa fortune à 5,7 milliards de dollars au 18 novembre 2015. Ce chiffre est encore largement repris, parfois présenté à tort comme une estimation actuelle.
Une enquête de Challenges publiée en mai 2025 parle pour sa part de plus de 5 milliards de dollars. Elle confirme l’ordre de grandeur, sans fournir un inventaire public assez détaillé pour calculer une valeur nette au dollar près.
D’où vient la richesse de Mohammed VI ?
Le patrimoine royal ne repose pas principalement sur un salaire. Sa base économique historique est constituée de participations dans des entreprises et des holdings. Forbes indiquait en 2015 que Mohammed VI avait hérité de son père Hassan II d’une participation de 35 % dans la Société Nationale d’Investissement, alors appelée SNI.
À cette date, Forbes rattachait notamment à cette holding des intérêts dans Attijariwafa bank, le groupe minier Managem, le producteur de sucre Cosumar et Centrale Danone. La composition du portefeuille a évolué depuis. Il faut donc éviter de reprendre cette photographie ancienne comme si chaque ligne était encore détenue dans les mêmes proportions.
Al Mada, pièce centrale du patrimoine économique
La SNI est devenue Al Mada. Sur son site institutionnel, le groupe se présente comme un fonds d’investissement privé panafricain de long terme. Son portefeuille couvre la banque et l’assurance, la distribution, les mines et matériaux, l’énergie, les télécommunications, l’immobilier et le tourisme.
Cette diversification explique pourquoi une estimation de fortune peut bouger fortement. Une participation dans une banque cotée peut être valorisée à partir de son cours de Bourse. Une holding privée, un hôtel ou une société non cotée exige davantage d’hypothèses. Il faut ensuite retrancher les dettes éventuelles et déterminer quelle part revient réellement au roi, plutôt qu’à sa famille, à une holding ou à d’autres actionnaires.
C’est le même piège que pour d’autres grandes fortunes entrepreneuriales : valeur des actifs et argent immédiatement disponible ne sont pas synonymes. L’article consacré à la fortune de Patrick Drahi montre bien pourquoi la valeur d’un portefeuille doit être séparée de celle des entreprises et de leurs dettes.
Pourquoi les estimations varient-elles autant ?
Trois difficultés empêchent de produire un chiffre parfaitement fiable.
- Une grande partie des actifs est privée. Leur valorisation n’est pas actualisée en continu comme celle d’actions cotées.
- Le périmètre change selon les sources. Certaines comptent uniquement les participations économiques attribuées au souverain. D’autres y ajoutent des biens immobiliers ou des actifs familiaux.
- Les chiffres circulent longtemps après leur publication. Une estimation Forbes de 2015 peut ainsi réapparaître dix ans plus tard sans sa date d’origine.
Les devises ajoutent une autre variation. Un même patrimoine n’affichera pas le même montant en dollars et en euros, même si aucun actif n’a changé de valeur. Comparer deux chiffres exige donc de vérifier la date, la monnaie et les éléments retenus.
Fortune personnelle, famille royale et budget public : ne pas tout mélanger
Le sujet devient vite confus lorsque trois notions distinctes sont additionnées : le patrimoine personnel de Mohammed VI, les actifs détenus par la famille royale et les dépenses publiques liées au fonctionnement de la monarchie.
Un palais utilisé dans le cadre de la fonction royale n’est pas automatiquement un actif personnel revendable. De la même façon, un budget public destiné au fonctionnement d’une institution n’équivaut pas au revenu privé de celui qui l’incarne. Enfin, une société contrôlée indirectement par une structure familiale ne peut pas être attribuée intégralement à une seule personne sans connaître précisément l’actionnariat.
Cette séparation n’est pas un détail comptable. Sans elle, on peut gonfler artificiellement la fortune du souverain en additionnant des montants qui n’ont pas la même nature. À l’inverse, observer uniquement ses liquidités visibles ferait disparaître l’essentiel de sa puissance économique, logée dans des participations de long terme.
Le chiffre raisonnable à retenir
Le constat le plus honnête est le suivant : Mohammed VI possède une fortune de plusieurs milliards de dollars, construite principalement autour de participations diversifiées et de holdings. Le chiffre public de 5,7 milliards de dollars est sérieux parce qu’il est daté et attribué à Forbes, mais il correspond à novembre 2015. La mention de plus de 5 milliards par Challenges en 2025 est plus récente, tout en restant une estimation journalistique.
Pour juger un nouveau chiffre, le bon réflexe consiste à chercher sa source primaire, sa date et son périmètre. S’il n’indique aucun de ces trois éléments, mieux vaut le considérer comme une approximation. Sur une fortune aussi peu transparente et composée d’actifs privés, une fourchette expliquée vaut largement mieux qu’un montant spectaculaire présenté comme certain.



